Quelle date pour la fête nationale ?

Depuis 1880, la France célèbre sa fête nationale le 14 juillet. Ce site propose de lui préférer le 26 août — jour de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Mais un choix aussi lourd de sens ne doit pas se décider par la seule volonté d'un site associatif : nous demandons la création d'une commission nationale, ouverte au débat public et aux historiens, chargée d'arbitrer entre cinq journées de 1789, dans l'ordre chronologique — le serment du Jeu de paume (20 juin), la séance royale (23 juin), la prise de la Bastille (14 juillet, que nous excluons — voir pourquoi), l'abolition des privilèges féodaux (4 août) et la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (26 août) — et de proposer au Parlement la nouvelle date de la fête nationale.

20 juin 1789 — Le serment du Jeu de paume

Chassés de leur salle habituelle, environ 576 députés du tiers état, réunis en États généraux depuis le 5 mai, se réunissent dans la salle du Jeu de paume, au château de Versailles, et jurent solennellement de ne jamais se séparer avant d'avoir donné une constitution au royaume. Cet acte transfère symboliquement la souveraineté de la monarchie vers les représentants de la nation, et contraint bientôt Louis XVI à réunir les trois ordres en une Assemblée nationale constituante unique.

Argument pour : c'est l'acte fondateur de la souveraineté nationale — et il est entièrement pacifique. La nation s'affirme par la parole donnée et par le droit, non par les armes.

23 juin 1789 — La séance royale

Trois jours plus tard, Louis XVI tient une « séance royale » où il impose son propre programme de réformes et ordonne aux trois ordres de se séparer pour délibérer chacun de leur côté. Le tiers état et le bas clergé restent sur place. Sommé de partir, Bailly répond que « la nation assemblée ne peut recevoir d'ordres » ; selon la tradition historiographique — la formule exacte reste discutée par les historiens — Mirabeau aurait lancé : « Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes. » Le roi cède ; l'Assemblée décrète aussitôt l'inviolabilité de ses membres.

Argument pour : c'est le moment où l'Assemblée refuse, publiquement et sans violence, de se laisser dissoudre par un ordre royal — la désobéissance civile fondatrice de la démocratie représentative française.

14 juillet 1789 — Pourquoi pas ?

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, dure environ trois heures et demie et fait près de 98 morts et 73 blessés parmi les assaillants. Après la reddition, le gouverneur Bernard-René Jourdan de Launay est roué de coups, massacré à coups de sabre puis décapité ; sa tête est plantée sur une pique. Le prévôt des marchands Jacques de Flesselles, soupçonné de trahison, est lui aussi tué sur place. Les deux têtes sont promenées dans Paris jusqu'au Palais-Royal. La forteresse ne comptait que sept prisonniers, loin des légions de victimes de la tyrannie qu'espéraient y trouver les assaillants.

Ce sont ces scènes de violence — un lynchage, deux têtes coupées promenées en trophées — qui inaugurent, symboliquement, la logique de la Terreur qui suivra. Nous ne pensons pas qu'il faille ériger en fête nationale le souvenir d'une explosion de violence de foule, quels qu'aient été par ailleurs la légitimité de la cause et le poids symbolique de la prison prise d'assaut. Cette distinction entre l'insurrection du 14 juillet et les actes de l'Assemblée n'est pas propre à ce site : plusieurs historiens la font aussi, chacun pour ses propres raisons — voir notre page d'historiographie sur ce que François Furet, Denis Richet et Ralph Raico ont écrit à ce sujet.

La loi du 6 juillet 1880, qui institue le 14 juillet comme fête nationale, entretient d'ailleurs elle-même l'ambiguïté : elle se borne à disposer que « la République adopte le 14 juillet comme fête nationale annuelle », sans préciser s'il s'agit de commémorer la prise de la Bastille de 1789 ou la Fête de la Fédération de 1790 — un rassemblement pacifique célébrant l'unité nationale, tenu un an jour pour jour après. Le rapporteur au Sénat, Henri Martin, défendait alors la date de 1790, qui « consacrait l'unité de la France » sans effusion de sang, précisément parce que certains parlementaires jugeaient 1789 « trop sanglante ». Un siècle et demi plus tard, cette ambiguïté n'a pas été levée dans l'esprit du public : le 14 juillet reste associé, dans l'imaginaire collectif, à la prise de la Bastille de 1789 — pas à la Fédération de 1790.

Enfin, les célébrations du 14 juillet, telles qu'elles se pratiquent aujourd'hui, tendent à occulter cette histoire au profit du seul divertissement — défilé militaire, feu d'artifice, bal des pompiers — sans enseigner aux citoyens, ni en France ni dans la diaspora, ce que ce jour est censé commémorer. On peut lire, à titre d'exemple, la manière dont l'Alliance Française de Portland (Oregon) présente elle-même ses propres festivités du 14 juillet, résolument tournées vers la fête plutôt que vers l'histoire (afportland.org — Bastille Day). Une fête nationale devrait d'abord enseigner l'histoire — pas seulement la célébrer.

Argument contre : la violence de la foule qui l'a fondée, et l'ambiguïté volontairement entretenue par la loi de 1880, en font un mauvais support pour une fête nationale — ce n'est pas un héritage que nous souhaitons honorer ni perpétuer.

4 août 1789 — L'abolition des privilèges féodaux

Dans la nuit du 4 au 5 août, sous la pression de la Grande Peur qui embrase les campagnes, l'Assemblée constituante vote l'abolition des droits féodaux, de la justice seigneuriale, des privilèges de chasse et des privilèges fiscaux du clergé, proclamant vouloir « détruire entièrement le régime féodal » — la fin en droit de la société d'ordres et de l'Ancien Régime.

Argument pour : c'est la réforme la plus concrète et la plus radicale des quatre — l'abandon, par les ordres privilégiés eux-mêmes, de leurs privilèges historiques, au bénéfice de l'égalité.

26 août 1789 — La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen

L'Assemblée nationale constituante adopte le texte fondateur qui énonce la liberté, l'égalité en droits, la souveraineté de la nation, la présomption d'innocence et la liberté d'expression — des principes toujours en vigueur, cités aujourd'hui dans le préambule de la Constitution française.

Argument pour : c'est le texte, non l'acte de force, qui a le plus durablement marqué le droit français et universel. Le commémorer, c'est enseigner des principes plutôt qu'une prise d'armes — c'est la date que ce site propose en priorité.

Signer la pétition

Nous demandons la création d'une commission nationale, chargée d'arbitrer publiquement entre ces quatre dates et de proposer au Parlement le changement de la fête nationale.

Le formulaire de signature est en préparation — revenez bientôt, ou consultez en attendant notre page sur la Déclaration.

Lire le texte de la Déclaration → Découvrir la frise de 1789 →